Réponse au billet de Benoît Rayski, publié sur Atlantico

29 Jan

Aujourd’hui et comme chaque jour, je surfais sur la vague de l’information numérique. Aujourd’hui encore, un billet m’a interpellé. Celui de Benoît Rayski. Il « est historien, écrivain et journaliste. Il a écrit notamment L’homme que vous aimez haïr qui dénonce l’ « anti-sarkozysme primaire » ambiant.  » Le ton était donné. Mais c’était sans compter le titre du papier, à classer sur la plus haute marche des titres incitatifs : « Mariage homo, adoption : et après quoi, le droit à la procréation ? »

Aujourd’hui encore, j’ai bondi !

Monsieur Rayski commence par rappeler qu’ « une centaine de députés, marqués à droite, ont signé une pétition contre le mariage homosexuel. François Hollande, lui, est pour, dès le début de son mandat. » Il s’agit plus précisément de 82 parlementaires UMP et Nouveau Centre, qui, sous prétexte, entre autres, de ne pas créer une réelle discrimination entre les enfants d’homosexuels et d’hétérosexuels, continuent à légitimer une pratique discriminatoire.

Dans un communiqué, les signataires (consulter la liste) précisaient : « Défendant l’intérêt supérieur de l’enfant, ils mettent en garde que, sous prétexte de lutter contre une soi-disant discrimination entre adultes, d’en créer une autre bien réelle, entre les enfants, entre ceux qui auraient le droit de grandir auprès d’un père et d’une mère et ceux qui ne le pourraient pas. »

« Le sujet dont ils se sont emparés ne vaut pas tout ce bruit. Beaucoup de bruit pour rien… »

Notre historien aux multiples casquettes n’hésite pas à donner son avis quant au peu d’attention que requiert le débat concernant les droits homosexuels des Français. Beaucoup de bruit pour rien… dit-il. Quand le débat sur les droits et les libertés individuelles des homosexuels pourra être légitime ? J’imagine que le principal facteur de légitimité naît du nombre de personnes, de citoyens, susceptibles de s’intéresser à la question, voir même d’être impliqués dans un débat qui les concerne directement.

Il faut alors se pencher sur les chiffres. La difficulté est ici. Selon le magazine Têtu, « une enquête visant à recenser le nombre d’homosexuels n’a encore jamais été entreprise en France. » La question des chiffres est délicate pour de nombreuses raisons. Premièrement, une étude quantitative serait difficile à mettre en place à l’échelle nationale. Deuxièmement, les pratiques homosexuelles sont très diverses, c’est à dire qu’une personne ayant eu une ou des relations homosexuelles ne fait pas forcément toujours partie de cette « communauté ». Troisièmement, les homosexuels, même s’ils sont de plus en plus visibles du fait d’une acceptation moins compliquée du phénomène par la population hétérosexuelle, n’avoueront sans doute pas tous avoir déjà  eu, avoir encore, ou avoir déjà pensé à une relation homosexuelle.

Gay Pride de Lyon – 10 000 personnes (2011).

Quoi qu’il en soit, le magazine Têtu avance le chiffre de « 5% à 10% »  d’homosexuels dans notre pays. Cependant, pour de nombreuses associations de défense des droits homosexuels, ce chiffre n’a aucune importance et aucun impact pour faire évoluer les droits de ces derniers. Vous aurez  compris que je vais à l’encontre de cette thèse. Le chiffre est important puisqu’il permet tout simplement de faire d’une pratique isolée, une pratique courante et légitimée par le simple fait qu’elle existe de manière récurrente. En partant de ce constat, dire que ce débat crée « beaucoup de bruit pour rien » revient à mettre environ 8 millions de Français dans la case RIEN.

« Le problème avec les lobbies – et ça vaut pour les homosexuels – est que certains d’entre eux, dans leur frange la plus militante, veulent plus, encore plus, toujours plus. »

« Ainsi il y a chez les Verts ceux qu’on appelle les Khmers Verts. Des fanatiques. Il y a chez les homosexuels des Khmers Roses. Des fanatiques eux aussi » dit Rayski. Il oublie cependant une petite nuance. Il est avant tout utile de faire la différence entre les lobbies commerciaux et les lobbies que je pourrais qualifier de « sociaux ». Est-ce fanatique de réclamer les mêmes droits que les autres citoyens, au sein d’un même pays ? Si les lobbies homosexuels vont toujours plus loin c’est parce qu’ils tendent à se rapprocher de l’égalité totale. C’est peut être une utopie mais en aucun cas un fanatisme à diaboliser.

Le meilleur arrive enfin, lorsque l’auteur de l’article déclare :

« Il n’est pas insupportable d’être homosexuel aujourd’hui en France. […] Des hommes aiment des hommes. En toute liberté. Des hommes habitent en couple avec des hommes. […] Mais pour les Khmers Roses ce n’est pas suffisant. »

Comment cela pourrait être suffisant ? Comment, durant l’esclavage, un homme aux droits amputés mais mieux traité que son voisin aurait-il pu vouloir encore plus ? Comment une femme qui avait à présent le droit de porter le pantalon s’est permise aussi de demander le droit de voter ? La liste pourrait être très longue.

Tout homme est voué à en demander et à en vouloir encore plus. D’autant plus si ces revendications concernent la mise en place d’une réelle égalité entre tous les Hommes. Benoît Rayski s’interroge très justement sur « la spirale revendicatrice du toujours plus » quand d’autres se demandent toujours s’il ne serait pas trop difficile pour les enfants issus d’union homosexuelle de traverser la cour d’école sous les huées des camarades de classe (décidément c’est du lourd chez Atlantico). C’est évidemment difficile pour les 30 000 enfants déjà concernés, (selon les estimations de l’Institut national d’études démographiques) dans une société qui continue volontairement d’instaurer des différences entre les personnes en cloisonnant les mentalités.

Les homosexuels devraient peut-être remercier chaque jour le ciel de pouvoir sortir de chez eux sans forcément se faire insulter, tabasser et dans le pire des cas violer ? Devraient-ils maintenant s’en contenter ?

Rayski craint quant à lui que des homosexuels demandent bientôt le droit de se marier à l’église, à la synagogue ou encore à la mosquée en soulignant pour le dernier cas « (là, aucune chance, l’homosexualité étant carrément punie de mort dans plusieurs pays islamiques) ». Ils redoutent même le moment où ils voudront user du droit « le plus sacré », celui de procréer.

En somme une charmante leçon de liberté dans cet article. Ça me fait jaser : – Madame, on vous a déjà autorisée à voter, vous n’allez pas maintenant nous demander le droit d’avorter ! – Elle est belle la France.

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