Journaliste où es-tu ?

24 Juin

Lorsque j’étais étudiante, on m’a un jour demandé face caméra si je pensais que le journalisme pouvait changer le monde. À l’époque, pas encore digérée par le milieu professionnel, je ne me rendais pas compte de l’importance de ce questionnement.

(CC BY MaxLeMans via Flickr)

(CC BY MaxLeMans via Flickr)

Tout comme l’écrivain ou l’intellectuel, le journaliste professionnel a la chance de sélectionner un sujet et un mode de narration afin de transmettre une idée, une information et même une interprétation. La chance, mais devrais-je dire la force ?

Car c’est de la force qu’il faut pour aller à l’encontre des règles du jeu imposées par un média, une hiérarchie, des investisseurs ou encore un contexte économique implacable. Chaque journaliste, tout comme n’importe quel citoyen, est soumis à un système économique draconien qui plus est depuis la crise de la presse. Presque personne n’est épargné.

C’est la précarité qui crée l’inexorable baisse de qualité des contenus journalistiques, le manque de prise de risque. C’est la peur du sans-emploi qui pousse le journaliste précaire à ne pas remettre en cause les informations, les faits, les structures qui l’entourent. C’est l’essence même du métier qui disparaît.

Des méthodes journalistiques démentes

Comme le précisait Patrick Eveno, historien des médias, à 20minutes.fr qui s’est penché sur la sur-utilisation du terme « Exclusif » dans la presse :

« Chacun semble avoir son exclusivité et voir se battre les gens sur les réseaux sociaux pour dire “moi je l’avais dit avant” a un côté comique. »

Comique ou pathétique, chacun son avis sur la question. La plupart des journalistes n’ont plus le temps de se pencher sur des affaires au long court. Ils enclenchent l’onglet « Exclu » dès qu’ils publient une information, même minime, avant leurs confrères.

Les médias nationaux bâtonnent tous des dépêches AFP. Certains font l’effort de paraphraser, beaucoup d’autres se contentent d’un rapide copier-coller. Les contenus originaux se font rares et deviennent l’apanage de médias spécialisés dans « l’info recherchée ». La qualité passe à la trappe au profit du chiffre.

Le constat est parfois édifiant lorsqu’on regarde de plus prêt le contenu de nombreux sites d’informations. Avec internet, nous avons la chance de pouvoir comparer en temps réel le traitement de tous les médias français. Pendant 15 minutes : comparez la place des articles, la titraille, la taille, le mode de traitement. Vous vous rendrez compte instantanément du manque de création et d’enrichissement de la plupart des médias français.

Les journalistes qui changent le monde, eux, se bagarrent pour vendre leurs lignes, leurs documentaires. Les autres n’ont pas la force et l’envie de rompre les schémas ou de trouver un poste plus intéressant, dans un média moins « compétitif ».

Certains utilisent de nouveaux moyens de financement, en ligne, grâce notamment aux sites de parrainages. Ils tentent alors l’aventure seuls avec les doutes que cela suppose. D’autres ont la chance de travailler au sein des rares médias qui offrent encore aux journalistes du temps et surtout du soutien dans leurs tâches.

Définitivement terminées les enquêtes à la Bob Woodward et Carl Bernstein ? Le journalisme ne changera-t-il plus jamais le monde ? Le constat serait trop pessimiste…! Par chance, certains commencent à comprendre que l’info travaillée est plus valorisante que le contenu intensif. Houra !

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